Confinement – jour 6 & 7 – Regarde comme je souffre !

fendre-boisBonjour à tous !

Un nouvel article après une journée drôlement silencieuse hier… Pas pu sortir une ligne potable. Essayons aujourd’hui. Mais je sens que le ton va crisser dans les cailloux. Serai-je capable d’écrire autrement qu’à la plume acide ? Pas sûre, mes réserves d’amour et de douceur ont doucement foutu le camp depuis environ 3 jours… Plongée dans les abysses. Intérieures, les abysses. Mais quand même, quoi.

Crispations

Cette période est un étonnant révélateur. La mise en lumière de l’ombre en chacun est nette, crue, sans bavure. Pleins phares. Tandis que je poireautais dans une coulée de froid glacial, tout à l’heure, attendant de pouvoir entrer dans mon supermarché, en fil indienne derrière environ 12 chariots, congelée au dernier degré, j’observais. Un gars s’était tanqué sur son scooter à hauteur des premiers chariots, visiblement désœuvré, et haranguait la foule. On se serait cru au bistrot. Je me suis rappelée pourquoi je ne fréquente pas les comptoirs de bistrot, d’ailleurs, mais plutôt les arrière-salles… « Si ça ne tenait qu’à moi, ce serait tout le monde chez lui !!! Et seulement entre 7h et 9h pour les commerces !!! Je te ferai filer droit tout ça moi… Méditez sur ça, méditez !!! », disait le monsieur visiblement pas confiné chez lui, à 10h du mat’ sur le parking de l’Inter, et s’adressant à une foule prise en otage de ses élucubrations.

J’ai ravalé un grognement. Je l’aurais découpé au sabre, ce con. D’un simple regard. Mais en bon Yoda des temps modernes, j’ai baissé les yeux, et j’ai écouté en moi. Une putain de rage m’habitait… Je pouvais sentir avec une netteté crispante tous les muscles de mon corps tendus pour faire valoir leurs droits, défendre une opinion, ou coller mon insignifiant poing dans la gueule du gars en scooter. Oui, je sais, c’est pas très civique. C’est ma vie intérieure depuis quelques jours.

Par de surprenantes failles telluriques, un magma brûlant est remonté en moi, à la surface, affleurant et zigouillant la moindre pâquerette dans un premier temps. Mes proches en ont pris pour leur grade, j’ai du me ressaisir, pour rester au minimum une « fille civilisée ». Mais l’enragée en moi n’avait cure de cette bienpensance usuelle. Clairement.

Je crois que le confinement favorise ce type de fracturation intérieure : tout remonte, pelle-mêle. Et c’est confus, brouillon, bordélique, et potentiellement bien acide, et corrosif aussi. Voilà pourquoi la Belgique, en une seule semaine de confinement, a du faire une pub pour signaler que les femmes et enfants battus doivent vivre avec leur bourreau, et que être confiné ne veut pas dire risquer sa vie… Ils ont du rappeler les numéro d’urgence. La hausse des violences conjugales est patente. Et elle était prévisible j’en parlais dans mon blog du jour 1. Pourquoi donc ? Parce que la mise à l’arrêt libère des forces profondément enfouies, tenues serrées par le jeu de l’agitation constante et du divertissement de l’esprit. Le relâchement, la détente, couplé à la peur font un boulot efficace de libération des forces cachées en nous : l’ombre remonte à la surface.

Moi, perso, je voudrais que vous sachiez combien je souffre. Je voudrais me dire un peu, sur ce sujet-là. Combien je trouve qu’avoir attendu dans ce froid glacial pour aller faire les courses m’a fait me sentir en pays communiste, en période de rationnement, en période d’après-guerre, et merde quoi ! J’avais pas prévu. Je suis pas prête pour ça ! Voir passer deux flics, épaules fixées en arrière et bassin en avant (posture d’agressivité patente… le premier qui bouge je lui décoche une amende !) et percevoir le trouble anxieux monter chez tous ceux qui vérifient, fébriles, s’ils ont leur putain d’attestation… Je suis pas préparée pour ça. Je souffre que les autres ne disent que des trucs qui m’énerve, sans que je sache pourquoi. Je souffre de voir ma clientèle commencer à diminuer, et d’avoir à accueillir la peur de manquer d’argent aussi. Tout en écoutant le haut-parleur d’Intermarché me murmurer de rester raisonnable dans mes achats afin d’être ainsi solidaire. Au rayon PQ, et farine, j’ai bien vu le côté solidaire : vous m’avez rien laissé les gars !!!

Je fais exprès – s’il fallait le préciser – de me rouler ainsi dans mon marasme. D’exhiber mon aigreur splendide d’occidentale gâtée dans une situation ridicule de confinement, qui plus est dans une grande maison avec jardin à la campagne. Je le fais exprès parce que cela se vit en moi, même si je force un poil le trait, mais aussi en chacun de nous, petits occidentaux riches pleurnichant sur une situation de confinement.

Nous dramatisons tout. Et cela relève aussi de la remontée des forces pulsionnelles en nous. Je vous jure que ce week-end j’avais l’énergie de faire un putsch et de zigouiller la moitié de la population mondiale en la fusillant. Sentir vivre en soi ces énergies qui en réalité remontent de la prime enfance, fait bien suer, en période de confinement, parce que tout nous reste collé devant les yeux. Au pire on emmerde nos proches et on met en tension la vie sous un même toit… Au mieux on se jette soi-même aux orties, et c’est la dépression qui nous guette.

J’ai choisi de rester debout au milieu du gué. Debout dans ce merdier innommable que je ressens, où se mêle des envies vengeresses (contre qui ?), une honte et une détestation profonde d’être ainsi, une tristesse abyssale, et une rage du même ordre. Qui m’approche aura des traces de dents sur l’avant-bras. Minimum. J’ai choisi de ne pas me barrer de ces ressentis. De veiller auprès de chacun d’eux. De faire mon yoga la rage au ventre, de parler à mes proches en acceptant mes incartades pourries (je sais m’excuser, et aussi prévenir de mon état pas cool…). De ne rien chercher à « faire » de ces états bizarres, nombreux, colorés, et pas forcément chatoyants qui me traversent. Je les regarde, je vois l’étendue du rejet en moi, des autres, du monde comme de moi… Et j’accepte simplement. Je me contente de dire oui à ce qui est là.

La douceur pour seule arme

Une bonne âme me disait, au bon moment, que « la douceur est sans aucun doute ma force dans pareilles confrontations ». Et je me suis autorisée à croire cela. Autorisée aussi à me laisser aider, par de rassurantes présences à mes côtés. Il y a des gens qui savent demeurer face au brasier des autres sans tomber de leur chaise, ni verser dans le jugement. Je les bénis. Je me sais capable du même accueil, aussi, quand je ne suis pas dans ce genre d’état… Mais pouvoir en bénéficier à mon tour est juste hautement salvateur.

Que dirait la douceur dans pareille situation ? Elle sourirait, tranquillement. Et se tiendrait simplement disponible, je pense. Pour envelopper, tenir tendrement, bercer, écouter sans crainte, laisser le fiel s’écouler, laisser la peine trouver son chemin, laisser les raideurs s’abandonner dans une étreinte douce… Elle nettoierait derrière. Sans broncher. Passant le balai sans commentaire. Elle composerait avec les ruades, les pertes de temps, les ratés, la bêtise crue. Elle soutiendrait sous son regard, sans ciller, chaque étage de ces édifices branlants qui osent enfin apparaître en pleine lumière. Et elle danserait un peu, autour, semant quelques fleurs, respirant un peu plus fort, plus profondément. Elle se ferait compagne d’amour tendre, la douceur, pour ces forces abîmées et meurtries.

Regarder plus loin

A plus vaste échelle, c’est le capitalisme délirant, la liberté outrancièrement consommatrice de tout qui ravage ressources et planète, laissant des zones ravagées humainement et économiquement pour le plaisir de quelques pays riches. Indécence qui nous pète à la gueule. Nous voyons la limite de ce dont nous avons bénéficié, de ce à quoi nous avons consenti, de ce que nous avons cautionné. Tous et toutes ici. Et nous commençons doucement à piger que cela ne tiendra pas. Qu’il faudra renoncer, ralentir, revoir notre copie. Jusque-là nous avions l’argumentaire écolo, les débats sur le climat… Mais de frein réel sur nos vies excessives ? Pas vraiment. Pas suffisamment. Et nous l’avions vu, cela aussi. Ce paradoxe qui nous étouffe. Cette honte rampante. Nous savions sans savoir, tant la lucidité s’aveugle elle-même pour ne pas pleurer.

Je veux croire que mes « heures sombres » du moment (je rigole en l’écrivant !) sont ma contribution à ce changement de paradigme collectif qui appelle. Que c’est ma préparation à la révolution des comportements qui s’en vient. Que cela augure enfin d’un vrai changement, qui me permettra de me mettre en phase avec un monde soutenable, viable pour tous, et plus responsable à tous niveaux.

Je vous embrasse les amis, prenez infiniment soin de vous et de vos parts blessées dans cette période intense.

Gaëlle


B39FFDC4-B176-45AC-8161-264F5F9E5D68Praticienne en médecines douces, je travaille en soins énergétiques holistiques à distance (pour les personnes, les animaux, et les lieux). Retrouvez-moi sur mon blog « Fortifiez vos ailes », sur mon site professionnel : http://www.gaelleberny-magnetisme.com/


(photo pinterest)

2 réflexions sur “Confinement – jour 6 & 7 – Regarde comme je souffre !

  1. Merci d’être aussi vraie , aussi humaine …
    Ce n’est certes pas une période facile , mais je crois qu’elle sera riche d »apprentissages et de réflexions …
    J’arrête là , je ne tiens pas à me faire mordre le bras … hi hi

    Plein d’amour pour tout ce que vous nous donnez !

    Marie

    Aimé par 1 personne

    • Merci Marie de ce commentaire adorable ! 🙏🏻❤️ Je suis certaine aussi que beaucoup de bien en sortira : nous aurons tous et toutes fait un gros ménage de printemps ! J’ai presque hâte de voir la suite… Progressivement le monde change. Pas à pas. Et nous avec.
      Gaëlle

      J'aime

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